Les colères de l’enfant

Un enfant qui ne ferait aucune colère, ce serait très inquiétant. Et pourtant ces petites colères, qui agacent, sont indispensables au développement des tout-petits.

Entre 18 mois et 4 ans, le petit enfant est soumis à une « croissance accélérée ». On lui demande beaucoup : apprentissage du pot, développement du langage, entrée à l’école… Toutes ces étapes, ces renoncements, ces défis le perturbent et se traduisent par des sautes d’humeur et des crises incontrôlées.

La colère est une des 6 émotions primaires (joie, dégoût, tristesse, surprise, peur)

Les émotions ne sont ni négatives ni positives, elles ont des tonalités différentes (agréables ou désagréables) et ont des intensités différentes, mais surtout elles sont toutes utiles.

C’est la non-satisfaction des besoins qui déclenche les émotions.

C’est donc la cause de non satisfaction qu’il est important d’identifier et traiter.

Les émotions n’en sont que les conséquences.

Toutes les émotions sont acceptables : l’enfant a le droit de se mettre en colère

Plus l’enfant essaie de se contrôler, plus il encaisse et il finit par exploser. Or nous ne voyons pas forcément tous les moments où l’enfant a fait des efforts pour se contrôler : nous ne voyons souvent que les crises.

Il est possible de dire à l’enfant  “je vois que quelque chose ne va pas” pour désamorcer une crise et engager la discussion (sans forcer l’enfant; parfois la simple reconnaissance de son vécu suffira).

Une colère est avant tout la manifestation extériorisée d’un besoin insatisfait et traduit l’incapacité de l’enfant à gérer la frustration.

Toujours agaçantes, souvent insupportables, les colères participent néanmoins à la construction de la personnalité de l’enfant : il se pose en s’opposant et en testant les limites  pour savoir si les adultes sauront faire face à ses attentes et ses besoins.

Même s’il est fatiguant pour les adultes de résister aux colères de l’enfant, la frustration pose des limites indispensables, en structurant le développement de l’enfant.
Cette phase permet au tout-petit d’apprendre à maîtriser ses émotions et fera de lui un adulte équilibré.

Que faire ?

COMPRÉHENSION       PATIENCE      FERMETÉ         BIENVEILLANCE       ET……….. EMPATHIE

1°) Comprendre et aider l’enfant à se comprendre

Comprendre. Il faut commencer par interroger l’enfant. Pourquoi se met-il dans cet état ? Qu’est-ce qui au juste a été le déclencheur ?

La colère est parfois une simple modalité d’expression. Comprendre le vrai motif  de la colère peut contribuer à l’enrayer.

L’incapacité des enfants à identifier et exprimer leurs émotions se reflète souvent dans leur comportement.

Les crises de colère et les comportements agressifs sont souvent liés à des émotions mal gérées ou réprimées.

C’est pourquoi l’adulte doit signifier à l’enfant qu’il est là pour l’aider à comprendre ce qui le perturbe, à atténuer son malaise intérieur et à rechercher d’autres moyens d’exprimer sa souffrance.

C’est à l’adulte de mettre des mots sur ce qu’il peut comprendre de la difficulté et de la frustration de l’enfant.

Apprendre aux enfants à identifier, gérer et réguler leur colère, c’est leur fournir des outils importants pour se développer, et se préparer à affronter leur vie qui sera remplie d’événements déclencheurs.

Les activités seront ainsi orientées afin de lui permettre d’élaborer des situations qu’il a vécues et de mettre en scène des conflits ou des angoisses que certaines d’entre elles provoquent en lui.

Avant l’âge de 5-6 ans, les enfants ont un besoin important du soutien de l’adulte pour mettre des mots sur leurs ressentis et pour réguler leurs émotions et comportements.

L’adulte reconnaît, valide leurs émotions et offre des solutions alternatives à leur expression.

Les mots partagent et médiatisent. Ils restituent à l’enfant un espace où il est sujet de son envie, de sa colère, de son amour.

Ce qu’il ne faut pas faire :

Dire à l’enfant qu’il est méchant, car il aura peut-être tendance à vouloir vous donner raison en agissant de manière à correspondre à cette image.

D’ailleurs……… il n’est pas méchant, il a fait quelque chose qui est interdit!

2°) Fixer des limites.

Montrer à l’enfant que ses envies et ses désirs ont des limites imposées par son environnement et ceux qui l’entourent : les règles de la vie en collectivité…

3°) Expliquer.

Le « stop ! » ne suffit pas. Il faut l’expliquer. Pourquoi avoir refusé ou imposé quelque chose ? L’enfant doit comprendre que la décision n’est pas arbitraire mais fondée sur de bonnes raisons. Les désaccords avec les adultes l’aident à construire peu à peu son jugement, pas l’arbitraire !

Il ne faut pas confondre autorité et autoritarisme !

4°) Tenir bon et faire preuve de fermeté…mais avec bienveillance et empathie

Se mettre à la hauteur de l’enfant, le regarder dans les yeux et surtout lui parler calmement. Ne pas s’énerver contre l’enfant mais expliquer.

Une voix calme et ferme montre plus de détermination que des hurlements.

Si l’adulte s’énerve en expliquant à l’enfant qu’il ne faut pas s’énerver…. Il envoie un message contradictoire !!!!

Le nommer : prononcer son prénom permet d’éveiller son attention et montrer qu’on s’adresse à lui

Le toucher (en lui tenant les mains, ou en posant une main bienveillante sur l’épaule, le contenir et le rassurer)

Lui détourner l’attention car très souvent une fois que l’enfant s’est « enfermé » dans sa colère, il ne sait plus comment en sortir (il est submergé), en lui proposant de s’isoler quelques instants, de boire un verre d’eau, de lui passer un gant tiède humide sur le visage….

On peut accepter et reconnaître l’émotion puis la nommer à l’enfant pour qu’il apprenne à mettre les bons mots sur ses émotions, lui faire des propositions.

“C’est difficile de…”

“Tu es fâché parce que…”

“Tu as le droit d’être fâché, mais je ne peux accepter que tu…”

“Tu peux t’exprimer avec tes mots/ tu sais le dire avec des mots alors fais-le”

Propositions des différentes émotions liées à la colère: « tu te sens……..

Furieux ? Énervé ? Fâché ? Ennuyé ? Dérangé ? Contrarié ? Agacé? Mécontent?

Il faut éviter de banaliser, de disqualifier:

“Ce n’est rien…”

« Allez, vas-y, tu n’es pas un bébé quand même ? »

“Tu te fâches pour rien…”

« Tu n’as pas de raison d’être triste »…….

C’est par la reconnaissance et l’acceptation de nos émotions et celles des autres qu’on apprend l’empathie.

On peut aider l’enfant à remarquer comment son corps réagit à la colère en décrivant les réactions et en les associant à l’émotion :

“Tu cries, tu as l’air en colère”,

“Ton visage est rouge, tu es fâché”,

“Tu fronces les sourcils,

« J’ai l’impression que tu vas t’énerver”,

“Tu es en colère, tu sens la boule dans ton ventre et dans ta gorge/ ta respiration s’accélérer ?”

*Il existe plusieurs petits « trucs » inspirés de la sophrologie et du yoga  ou du simple bon sens………..qui peuvent aider l’enfant à mieux gérer sa colère, en voici quelques exemples à expérimenter et adapter à chaque enfant en fonction de son âge, ses goûts… :

Aller crier dehors

Dessiner sa colère sur une feuille de papier qu’on chiffonne et jette le       plus loin possible à plusieurs reprises

Inviter l’enfant à raconter sa colère à son doudou ou sa poupée

Avoir une boite « anticolère » remplie de bouts de papier bulles (à    éclater)

Frotter très forts ses mains jusqu’à ce qu’elles chauffent et les poser sur     les yeux

Faire allonger l’enfant et le faire respirer avec un ballon sur le ventre

L’inviter à faire la tortue et se retirer dans sa carapace = rentrer les pouces dans le poing des mains et croiser les mains sur la poitrine. Ces mouvements symbolisent l’entrée dans la carapace : ils servent à l’enfant            qui se sent réellement protégé dans sa carapace et signalent qu’il a            besoin de calme… Faire de grandes respirations (ex: gonfler le ventre,          souffler comme pour faire des bulles de savon) et sortir de la carapace            quand je me sens calme

Faire choisir une plume à l’enfant. Le faire inspirer lentement par le             nez     puis le faire souffler doucement sur la plume pour qu’elle s’envole

Former un chandelier à cinq branches en écartant les doigts. Dire à l’enfant de souffler doucement sur chacune des bougies pour les        éteindre.

Lui faire imaginer un bol de chocolat chaud : on respire le parfum du          chocolat par le nez et on souffle par la bouche pour le refroidir

Souffler avec une paille dans un verre d’eau ETC…………………..

Enfin, au-delà des colères qui font partie du développement de l’enfant,  celui-ci peut exprimer des douleurs profondes  liées à son histoire, à celle de ses parents …..

Et dans ce cas, il est nécessaire d’avoir une aide psychologique et thérapeutique !